Damase-François Masse

 

Apiculteur distingué

et prêtre industrieux

 

 

Au rang de ces personnages insolites qui émaillent la vie épistolaire de Bérenger Saunière nous abordons aujourd'hui un prêtre qui ne sera pas sans nous rappeler notre bon abbé de la colline de Rennes-le-Château tant le trait commun que nous mettrons à jour participera à vérifier une fois de plus l'adage "Qui se ressemble s'assemble."

 

Au menu du jour : l'abbé Damase Masse, créateur de la liqueur "Mélina" dont l'abbé Saunière sera un temps le distributeur local à Rennes-le-Château de novembre 1905 jusque dans le cours de l'année 1908.

 

L'abbé Masse est un personnage qui a marqué sa région, a tel point que dans le "Dictionnaire Biographique et Historique illustré" consacré au département de la Somme une notice lui est consacrée de son vivant. C'est cette notice que nous reproduisons ici afin de présenter le curé Masse :

 

    MASSE (l'abbé Damase-François) naquit le 9 mars 1856, au sein d'une nombreuse et très honnête famille d'ouvriers d'Oresmaux (Somme), berceau de tant de prêtres illustres par leur science et leur piété.

    Après de fortes et brillantes études au Petit-Séminaire de Saint-Riquier et au Grand-Séminaire d'Amiens, M. l'abbé Masse fut ordonné prêtre, en 1879. Il fut successivement nommé vicaire de Saint-Vulfran d'Abbeville; curé de Domqueur; de Nampont et, enfin de Beuvraignes qu'il dessert depuis onze ans (1) avec un désintéressement qui lui fait honneur.

    Le premier et le seul prêtre de la Somme frappé par M. Combes deux ans avant la loi de séparation, M. l'abbé Masse ne s'en tînt pas pour battu.

    Spolié, il écrivit à M. Combes une lettre rendue publique dont personne n'a perdu le souvenir, et qui montre bien le mâle courage du clergé picard en face de ses persécuteurs.

    Sans regarder en arrière, ni sans penser à gémir sur les ruines amoncelées par l'impiété triomphante, il se renferma pendant dix longs mois dans le silence le plus absolu et un travail plus opiniâtre que jamais pour y créer une œuvre, l'idéal de toute sa vie, par l'exploitation de la "Mélina", liqueur digestive, la seule à base principale de miel dépuré et non fermentescible dont il avait trouvé le secret en 1889.

    "devoir et travail", et par le travail, mieux encore que par l'aumône reçue, se procurer les ressources nécessaires à la subsistance matérielle et au triomphe de l'Eglise, telle est en deux mots la devise de ce prêtre, qui ne s'en est jamais départi depuis bientôt trente ans.

    Encouragé par ses confrères, M. L'abbé Masse fonda en moins de six mois, et par ses seules forces, une Société en commandite simple au capital de 290 000 francs, qui lui permit de bâtir une spacieuse et magnifique usine et de trouver sa récompense dans le travail sur le terrain même de la persécution.

 

On le voit chacun de ces deux prêtres ont subi, à plusieurs années d'intervalles les foudres gouvernementales. Saunière par le biais du Préfet de l'Aude, puis par le ministère des Cultes en 1885 et Masse directement par le ministère des Cultes sous l'action du président du Conseil d'alors, Emile Combes, en 1903.

Dans les deux cas c'est la suspension de traitement pure et simple. Si le curé de Rennes-le-Château sera "pris en charge" par Mgr Billard qui l'affecte au Petit-Séminaire de Narbonne, Damase Masse, lui, va lancer le commerce de la Mélina en passant d'une production artisanale et modeste a une production industrielle (avec des fonds considérables!).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dés lors pour développer le marché de sa liqueur, l'abbé Masse se met en quête de "concessionnaires exclusifs". Le mieux étant sans doute de rester "dans la famille", la publicité en sera faite entre autre dans le journal La Croix.

 

 

 

 

 

Publicité Mélina semblable à

celle que Saunière dût trouver.

La Croix 24.12.1908

 

 

 

 

 

 

Il se trouve qu'à Rennes-le-Château, à la même époque, est en place un curé qui, dit-on aujourd'hui, "faisait argent de tout"... Il lit La Croix et ne manque pas l'encart qui vante la liqueur en question et annonce que la maison cherche des représentants locaux.

 

Bérenger Saunière entre en contact avec l'abbé Masse par courrier le 3 novembre 1905. S'en suivront des envois d'échantillons, et diverses commandes de BS jusqu'à un dernier échange le 9 novembre 1908. En tout 13 échanges consignés par l'abbé Saunière dans ses carnets et deux sommes, l'une de 33,40 francs portée dans les dépenses du mois de Novembre 1906 et l'autre de 39,90 francs notée elle dans les dépenses du mois de juin 1907.

 

Exemple de correspondance entre BS et l'abbé Masse. 8 novembre 1906

 

Il ne semble pas que la Mélina ait representé spécialement une bonne affaire pour le curé de Rennes-le-Château : aucune rentrée d'argent n'y est associée dans la comptabilité bien qu'il subsiste un doute sur les rentrées consignée "divers".

 

 

Le secret de la Mélina révélé!

 

A Rennes-le-Château, bien souvent, il est question de secrets. Celui de la Mélina peut désormais être livré : c'est le miel dont d'ailleurs la liqueur tire son nom! En effet voici ce que l'on peut lire, toujours dans le Dictionnaire Biographique et Historique et Illustré, cette fois çi pour la notice qui est consacrée à la Distillerie Mélina :

 

   La "Mélina" présente cette particularité, qu'aux plantes aromatiques variées qui en forment l'une des bases, vient s'ajouter le miel, le pur miel de nos industrieuses abeilles, c'est-à-dire le suc concentré de la plus riche substance de nos fleurs, dont il possède, par suite, toutes les propriétés hygiéniques.

    On ne saurait trop louer l'inventeur d'avoir songé à utiliser cet excellent produit naturel. C'est à tort, en effet, que l'on a substitué le sucre bon marché au miel. (...) Apiculteur distingué, M. l'abbé Masse comprit quelles grandes qualité hygiéniques présenterait une liqueur dans laquelle le miel dépuré et rendu non fermentescible par un procédé special et naturel, d'où sont bannis les acides et sels pharmaceutiques, jouerait le rôle principal et en ferait une base essentielle.(...)

    Grâce à la "Mélina" intelligemment administrée, le foie même le plus rebelle sécrète son fiel et sa bile avec une rapidité surprenante. Prise à dose modérée, continue et bien comprise, la "Mélina" a presque toujours raison des prostrations les plus extrêmes provenant d'excessives fatigues physiques et intellectuelles. (...)

    En un mot, la "Mélina" est par excellence la liqueur de l'homme. C'est la force et la vie.

 

On n'eût su conseiller mieux à l'abbé qui effectivement s'y est bien reconnu...

 

 

Les installations de la distillerie Mélina furent détruites lors des combats de la Première Guerre Mondiale à laquelle la commune de Beuvraignes comme la Somme dans son ensemble paya un lourd tribut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26 octobre 2011

contact : postmaster@passion-rlc.fr

Notes:

1 : Les dictionnaires Départementaux. Somme, Dictionnaire Biographique et Historique Illustré. Paris, Flammarion, s.d. [vers 1908], donc à l'époque ou l'abbé Masse exerce encore à Beuvraignes ou il fut nommé en 1897.

Pour celles et ceux que cela intéresserait voici les différentes communes qu'il desservit :

 

Né à Oresmaux (80) le 9 mars 1856

Ordonné prêtre le 24 juin 1879

Vicaire à Nesle (1879-1880)

Desservant de Domqueur (1883-1888)

Desservant de Nampont-St-Martin (1888-1896)

Desservant de Maisnières (1896-1897)

Desservant de Beuvraignes (1897-1904)

Retraité à Beuvraignes (1910-1914)

Desservant de Namps-au-Mont (1914-1925)

Desservant de Fresnoy-au-Val (1925)

Décédé le 18 avril 1929.

 

Merci à M. Aurélien André, archiviste du diocèse d'Amiens.

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