Les inspirations du Marquis

 

Mais ou donc le marquis Philippe de Chérisey allait-il chercher tout ça ?

A quelles sources d’inspirations mystérieuses s’abreuvait-il pour recueillir les détails qui l’inspirèrent afin de tracer les courbes et les lignes droites de son « Circuit » ?

A t-il tout inventé, nous faisant part avec ce texte énigmatique de son remarquable talent de créateur, de conteur ? Nous parle t-il d’une aventure vécue par lui au travers du personnage de Charlot ? Ou bien encore, a-t-il rassemblé dans ses recherches sur les mystères de Rennes-le-Château des éléments qu’il mit en ordre dans « Circuit » pour en laisser une trace ?

 

Voilà des questions auxquelles il est bien délicat de répondre.

Et pourtant quelques éléments sont à porter au dossier…

 

Le plan de la grotte

 

Dans un ouvrage paru en 2010, « La Pierre, la Croix et le Cercle » (1), le chercheur Jean Brunelin, qui arpente la colline depuis plusieurs décennies, versait à la curiosité de ses lecteurs un ensemble de photographies inédites prises par lui à l’intérieur de l’église de Rennes-le-Château et plus particulièrement, pour ce qui nous intéresse dans ce propos, des plans rapprochés des deux panneaux peints sur les côtés de la fresque de la « Montagne fleurie ».

Ces photographies, prises dans les meilleures conditions, encouragèrent leur auteur à mettre en avant dans sa publication une foule de détails insoupçonnés apparaissant sur les panneaux et tout à fait invisible pour qui se tient en bas, d’autant plus que l’endroit est assez sombre.

 

Un seul de ces détails nous a intéressé dans le propos de cette étude et c’est Jean Brunelin lui-même qui a fait le rapprochement avec le texte « Circuit » de Philippe de Chérisey. C’est donc a lui que nous devons cette trouvaille amusante. Il l’appelle « le plan de la grotte » et en effet, tout en haut à gauche du paysage peint sur le panneau gauche, sous ce qui semble être les ruines d’un château, l’auteur remarque une zone plus sombre, descendant verticalement avant de se diviser dans laquelle il pense possible de voir la vue en coupe d’une grotte. A proximité une forme mystérieuse évoquant un cercueil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le "plan de la grotte"

photo Jean Brunelin

 

 

 

Reprenant Circuit, page 129, nous lisons en effet :

 

« Il pénètre en rampant dans une de ces fentes rocheuses que nos ancêtres appelèrent des « catins », près desquelles on peut passer mille fois sans les découvrir. Lentement il poursuit son avance par un étroit goulot. Au bout d’un voyage assez bref, mais qui lui semble interminable, il y a un embranchement où il lui faut choisir, de toutes façon c’est le cloaque, « cellis ou arcis » ? Droite ou gauche ? « ...allons pour la gauche et vive le roi… » dit-il en entrant à plat ventre dans une patouille blanchâtre, les émanations le font pleurer et tousser. Après une trentaine de mètres dans le boyau CHARLOT se trouve devant une paroi lisse et verticale. Quelques encoches qui durent être tailler par ses prédécesseurs lui donnent confiance. Une petite rigole d’eau suinte à la sixième encoche. CHARLOT glisse et manque de perdre l’équilibre, son genou gauche frappe rudement la pierre. Avec peine et douleur il gagne le sommet, une plateforme solide dans le roc. CHARLOT tout enduit de blanc, le sang coulant le long de sa jambe, avance à la manière d’un fantôme boiteux. La plateforme aboutit à un haut carrefour voûté au milieu duquel se trouve un tombeau, la sépulture du grand romain. »

 

 

 

Belle coïncidence. Si plan de la grotte il y a c’est donc une vue du dessus.

 

Que pouvons nous penser à ce stade ? A une simple coïncidence, au fait que le panneau peint a pu inspirer Philippe de Chérisey ou au fait que l’auteur de « Circuit » a pu modifier les panneaux.

 A cet élément curieux amené rappelons-le par Jean Brunelin, nous en adjoignons un autre, étonnant lui aussi et relatif à un autre élément commenté par Philippe de Chérisey : les pommes bleues.

 

 

 

Les bandits sacrilèges

 

Dans Circuit voici ce que nous dit le marquis au sujet de l'élément "Pommes Bleues" de la mystérieuse sentence « Bergère pas de tentation… », par l’intermédiaire d’un échange entre Charlot et Marie-Madeleine dans l’église St Sulpice au sujet de la sentence (2) :

 

MM : Mais les pommes bleues ?

Ch : Pense à un autre cavalier, plus récent, son rapport avec les pommes ?

MM : « Ma pomme, c’est moi ! »

Ch : Le chevalier Maurice, tu y es.

MM : Mais comment ma pomme pourrait-elle être bleue à midi ?

Ch : Si elle est éclairée à midi par la lumière d’un vitrail bleu représentant des pommes. Ce ne serait pas n’importe quel midi, bien sûr, mais celui du 17 janvier dans la chapelle des Anges de l’église Saint-Sulpice à Paris, un midi qui te fera une tête astronomique.

MM : Amusant, sauf qu’il n’y a pas de pommes bleues sur le vitrail de la chapelle des Anges.

Ch : En es-tu sûr ? Merde, c’est trop bête.

MM : Attends ! Si, il y en avait quand Delacroix vint inaugurer la chapelle, le vitrail représentait Adam et Eve chassés du Paradis par une pomme bleue que l’ange avait jetée par terre. Ce vitrail a été mystérieusement brisé en 1900 ; puis remplacé l’année suivante par un autre.

 

 

Stop ! Voici une information à prendre en compte et que l’on pourrait peut-être vérifier et retrouver historiquement. Cette histoire est reprise par quelques auteurs. Guy-Claude Mouny indique par exemple, sans citer de source, qu’ « Il paraît que le phénomène se produisait à Saint-Sulpice, jusqu’en 1891, année que l’abbé a fait graver sur un pilier wisigothique.»(3)

 

Entre 1891 et 1900 pourrait-on retrouver quelque chose qui ressemblerait à ce qu’évoque Marie-Madeleine dans l’église Saint-Sulpice ? La réponse est oui.

Pour cela il faut parcourir la presse de l’époque et voici qu’à l’été 1899, soit dans la fourchette en question et très proche des indications de MM, nous découvrons une histoire qui rassemble des éléments intéressants : l’église St Sulpice et un vitrail cassé ! Un premier article paraît le mardi 27 juin 1899 dans le journal Le Matin et un autre dans La Croix le 29 juin la même année. Ils racontent tout les deux le passage d’un ou plusieurs malandrins qui s’introduirent par effraction dans l’église pour la bien basse besogne du pillage des troncs. La scène se situe dans la nuit du dimanche au lundi 26 juin 1899.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article du Matin

27 juin 1899

 

 

 

 

 

 

 

article de La Croix

29 juin 1899

 

 

 

 

 

Un détail doit attirer notre attention : les voleurs ont pénétré en brisant un vitrail. Certes ce n’est pas ce qui manque à Saint-Sulpice mais les deux articles relatent la même précision déterminante, à savoir que les misérables ont utilisés pour accéder un échafaudage dressé devant la tour de droite.

 

 

Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler au lecteur qu’immédiatement après la tour de droite, (la tour Sud en réalité) comme le montre le détail du plan de l’église Saint-Sulpice, c’est à la chapelle des Saints Anges que l’on accède. Il est donc tout à fait possible que le vitrail par lequel se sont introduits les pilleurs de troncs donnait directement dans cette chapelle ou l’on retrouve les peintures de Delacroix. Il y a là un parallèle avec l’évocation de Marie-Madeleine dans « Circuit » qui méritait d’être signalé.

 

Le marquis s’en est-il inspiré ? Doit-on prendre à la lettre le descriptif qu'il nous donne du vitrail?

Nous portons la question à la curiosité des lecteurs de cet article.

 

 

 

30 juillet 2011

contact : postmaster@passion-rlc.fr

 

 

Notes:

1 : Jean Brunelin «  La Pierre, la Croix et le Cercle », Editions Pégase 2010.

 

2 : On retrouvera ce passage dans le livre de Jean-Luc Chaumeil « Le testament du Prieuré de Sion » p.234, Editions Pégase 2006.

 

3 : Guy-Claude Mouny « Rennes-le-Château un autre regard sur l’énigme » p.119, Editions Cheminements 1999.

 

Articles des journaux La Croix et le Matin source Gallica. Merci à Jean Brunelin pour son aimable autorisation.

 

 

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