Regards castelrennais sur Clisson

 

Évoquée par Gérard de Sède et Patrick Ferté notamment, la ville de Clisson mérite un coup de projecteur afin de nous permettre de s'assurer qu'elle ne recèlerait pas de quelques indices relatifs à la vaste énigme de Rennes-le-Château.

Situons nous. Nous sommes au bord de la Sèvre Nantaise, dans un cadre enchanteur, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Nantes et en lisière du pays du Muscadet.

 

Nous sommes ici en Bretagne historique et un aficionado de Rennes-le-Château trouve vite de quoi s'occuper comme par exemple et sans ordre préconçu :

 

 - Les Templiers et leur aura de mystère. Mieux encore ici leur chapelle est dédiée à Magdeleine.

 - La présence avérée de Jean-Jacques Olier, avant qu'il ne gagne Paris pour y lancer la construction de Saint-Sulpice.

 - Un tombeau présenté comme évoquant celui de Nicolas Poussin dans Les Bergers d'Arcadie et ayant même porté un temps, dit-on, la fameuse phrase "Et in Arcadia Ego". On pousse même les suppositions jusqu'a un possible séjour de Poussin dans la région.

 

 

Présence Templière

Il y eût une puissante présence templière à Clisson à partir du XIIème siècle. Toute une partie du bourg était leur avec commanderie, église dédiée à  la Magdeleine, et cimetière.

 

L'entente avec les seigneurs locaux est mauvaise. Guillaume de Clisson investit même le domaine, le met à sac et pille les richesses de la commanderie. Les plaintes à l'évêque de Nantes aboutiront à ce qu'il restitue l'ensemble des vols.

On voit encore de nos jours la chapelle, bien qu'elle fut incendiée en 1793 lors des guerres de Vendée qui réduisirent alors Clisson à un véritable champ de ruines.

 

 

Chapelle des Templiers

 

 

 

 

 

Présence de Jean-Jacques Olier

 

 

 

 

 

 

 

La chapelle Notre-Dame-de-Toutes-Joies conserve un témoignage de la présence à Clisson de Monsieur Olier avant que sa mission ne l'emmène à Paris pour la construction de l'église et du séminaire de Saint-Sulpice. Il fut en fait prieur à Saint-Jacques de Clisson jusqu'en 1650 mais ses séjours n'y furent qu'épisodiques.

Sa présence fut l'occasion, par ses libéralités, de restaurer et relever l'église de la Trinité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Évocation de Nicolas Poussin

 

Clisson à la fin du XVIIIème siècle et des Guerres de Vendée ne garde plus pierre sur pierre. Sous l'influence des frères François et Pierre Cacault, à qui le site rappelle l'Italie, de nouveaux bâtiments s'élèvent d'inspiration toscane. C'est une visite à ne pas manquer si l'on est dans la région.

Un parc est aménagé avec des constructions rappellant l'antique. Elles sont l'oeuvre cette fois-ci d'un sculpteur, ami connu en Italie par les frères Cacault : le baron François-Frédéric Lémot (1).

Le docteur Auguste-Amaury Gellusseau nous raconte ainsi son arrivée et l'oeuvre qui nous interesse (2) :

 

François Cacault, qui avait connu Lemot en Italie, où ils s'étaient liés d'amitié dans leur commun amour des arts, lui écrivit pour lui dire les merveilles panoramiques de Clisson et  l'engager à venir se reposer près de lui, au milieu d'une nature prodigue de richesses.

Lemot se hâta d'arriver : épris, comme les frères Cacault, des beautés de Clisson, il s'associa à leur oeuvre de régénération. Il acheta le beau parc de la Garenne, où son génie classique a disposer avec goût une foule d'objets d'art. Non loin d'une statue revêtue de la toge romaine, on aperçoît un tombeau antique, avec l'inscritpion : Et in Arcadiâ ego.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous voici donc avec un tombeau évoquant celui des Bergers d'Arcadie, la célèbre peinture de Nicolas Poussin tant liée à l'affaire de Rennes-le-Château. Évidemment le tombeau est fictif et de nos jours l'inscription ne se voit plus.

 

 

 

Nicolas Poussin aurait travaillé à des esquisses pour le château de Clisson. Ce travail a t-il été l'occasion d'un séjour sur place pour le peintre des Andelys? Mystère car son parcours, notamment lors de sa jeunesse, est bien mal connu. Ses biographes s'accordent cependant sur un séjour dans le Poitou ou l'employa un premier mécène.

Nous sommes à Clisson dans les Hautes marches communes entre la Bretagne et le Poitou.

 

Un autre élément peut-être mit en avant : il se dit que le château de Clisson figurerait en arrière plan de l'un des tableaux du Poussin, Diogène jetant son écuelle (3).

 

 

Autant le dire tout de suite la comparaison n'est pas du tout évidente lorsqu'on se rend sur place. Poussin fait figurer un bâtiment plus en phase avec l'époque dans laquelle se situe la scène en aucun cas semblable au château de Clisson. Une tour carrée seule évoquerait par contre assez bien l'église Notre Dame à Clisson.

Au mieux c'est effectivement un décor qui peut évoquer les bords de Sèvre.

 

 

 

 

 

 

 

Selon Gérard de Sède les distances Clisson - Stenay et Clisson - Arques seraient égales. C'est à peu près exact, on compte à vol d'oiseau 542km pour la première, 547 pour la seconde. Par ailleurs ces deux directions formeraient un angle droit à Clisson. Sommes nous sur l'une des intersections d'un échiquier mystérieux?

 

Ce n'est pas par cet angle que Patrick Ferté arrive à Clisson. C'est par le fil tendu de la nouvelle "Dorothée danseuse de cordes" de Maurice Leblanc, Patrick Ferté n'hésitant pas à présenter Clisson comme un "haut lieu initiatique" et lui consacrant un chapitre dans son livre (4).

Cet auteur lie la présence de Jean-Jacques Olier, "fondateur de Saint-Sulpice de Paris où est sis le fameux gnomon du Méridien Zéro" et de Nicolas Poussin, "deux chantres du méridien" avec les personnages de romans Dorothée (Dorothée danseuse de cordes) et Balthazar (La vie extravagante de Balthazar) et tente ainsi de montrer que Maurice Leblanc n'utilise Clisson en toile de fond d'un passage de son roman que pour que le lecteur averti fasse l'habile rapprochement entre ces deux personnages clés du mystère.

 

8 août 2011

contact : postmaster@passion-rlc.fr

 

Notes :

1 : 1772-1827, auteur notamment de la statue d'Henri IV sur le Pont Neuf à Paris à l'intérieur de laquelle des documents ont récemment été mis à jour.

 

2 : Dr Auguste-Amaury Gellusseau "Guide à Clisson" Editions Libaros 1868 p.195

 

3 : La source en est, selon Patrick Ferté, le "Dictionnaire de la province de Bretagne" 1787 de Jean-Baptiste Ogée. Je n'ai pas pu la vérifier.

 

4 : Patrick Ferté "Arsène Lupin supérieur inconnu" Editions de la Maisnie 1992 pp. 446-448

 

Photos Jérôme Choloux sauf tableau "Diogène jetant son écuelle" (site JOCONDE).

 

Retour Sommaire